Raz de marée sur l’île aux Oiseaux, le 4 août 1970

Hervé KRESSMANN -  590 Tho IV

Voilà un souvenir majeur

En 1970, j’étais engagé dans une partie délicate car, ancien animateur des Pacifics, je m’appliquais à assurer une transition en douceur dans le programme quotidien du mois d’août du CVA.

L’opération étais compliquée par des amitiés de dix ans et le faible nombre de 590 arcachonnais. Nouveau ferretcapiens nous disposions de deux 590, dont le 252 que ma belle-mère avait acheté sur mes recommandations, notre participation était donc essentielle.

Or, ce 4 août, si nous avions deux bateaux, nous n’avions qu’un barreur, trois équipiers et deux enfants. Je fis donc appel au docteur CANAC, pilier de la série (Christian Maury l’ayant, parait-il, assis dans le roof pour le dessiner !) pour armer le 252 avec un ami, ma belle-mère et un de mes fils de 8 ans.

Partis trop tard avec un tout petit vent d’est qui tomba pour se relever progressivement à l’ouest, nous arrivâmes après le départ donné à l’entrée du chenal du Teychan pour engager une course poursuite. Le temps s’alourdissant progressivement avec des nuages noirs du coté de Pyla. Le 252 en profita pour rentrer sans plus attendre.

Promoteur de l’événement, il me paraissait inopportun de renoncer alors qu’habitué aux places d’honneur, j’étais à la traîne.

Malgré les demandes pressantes de mon épouse, nous avons donc terminé la régate en rattrapant quelques retardataires avant d’abaisser les voiles (des magnifiques Chèret que je voulais protéger).

C’est donc poussé par mon petit 4 cv que nous rentrions sur les terres de l’île aux Oiseaux quand tout devint noir, le Casino Mauresque s’alluma un 4 août vers 18 heures !

Un coup de suroît nous pris par le travers, couchant le bateau à sec de toile, heureusement sur tribord, laissant le moteur dans l’eau ce qui, me donnant un peu de vitesse, me permit de faire porter pour relever le bateau avec la portance de l’étrave.

Et nous sommes partis vent arrière au planning sur le mat dans un mètre de mousse pour nous échouer sur la plage du sud-ouest de l’île aux Oiseaux.

Sautant dans l’eau pour mettre le bateau bout au vent, je me souviens encore de chaleur ressentie après la grêle que nous avions reçue.

Cette belle température était à l’origine du force 10 que nous venions d’encaisser.

Alors que nous en profitions les pieds dans l’eau, le bateau s’est échoué sur le sable malgré nos efforts pour le dégagé couché.

Isolé sur l’île aux Oiseaux, je faisais l’inventaire de nos ressources pour passer une nuit à bord quand j’ai senti le bateau se relever. Soufflée par le vent, l’eau s’était retirée pour revenir à son niveau normal en quelques minutes.

C’est donc tranquillement, après avoir secouru un ami qui avait chaviré son Sharpie, que nous avons terminé cette épopée qui reste à l’honneur de notre cher bateau !

Fidèlement votre,

Chers voileux, Avec mes 88 ans, il me semble inutile de vous encombrer davantage d’un passé révolu. Espérant que vous continuerez de trouver, avec le 590, les merveilleux moments qu’il m’a donné je vous présente mes très fidèles salutations .

Hervé KRESSMANN